Images en Bibliothèques : une association au service des bibliothècaires de l'image - Accueil

Entretien avec Laurence Bourdon

Responsable du Studio, espace dédié au cinéma, la danse et la musique à l’Astrolabe, Médiathèque de Melun (Seine-et-Marne).

Laurence, pourrais-tu nous présenter ton parcours qui t’a mené jusqu’à ton activité actuelle ?

Mon parcours pourrait ressembler à un long fleuve tranquille ! Scientifique de formation, j’ai effectué un premier virage en étant maman bénévole à la bibliothèque de l’école. D’une rencontre, l’autre, j’ai fait un premier remplacement dans une bibliothèque municipale. En 1991, nouveau départ, entrée par les coulisses, j’ai repris des études, passé les concours… en ayant eu la chance de rencontrer des responsables qui m’ont fait confiance.
En ce qui concerne mon intérêt pour l’image en générale et le cinéma en particuliers, il en va de même. Plutôt ciné-curieuse que ciné-phage ou ciné-phile, j’ai débuté avec l’album de jeunesse et ces magnifiques narrations par l’image. Le glissement s’est fait naturellement pour constituer un premier fonds image et son en jeunesse, tout en découvrant et me passionnant pour le cinéma documentaire. En résumé, je me sens plus curieuse qu’instruite et je crois qu’il s’agit là du fil rouge de mon parcours.

Si tu devais décrire ton métier en quelques lignes...

Pour le volet Vidéothécaire, je dirais : mettre à disposition du public des films ! Si la formule est simple, la chose est plus complexe. Pour cela, il faut gérer une collection, nous sommes plusieurs, en assurer son équilibre (vœu pieux), entre films du patrimoine, films récents, demandes des lecteurs et supposer leurs attentes. La palisse en somme, mais jonglage constant entre réalité éditoriale, sources d’informations, temps d’échange avec les collègues, les partenaires et le public et temps disponible, sans parler du budget à tenir. Cette collection, qui sort d’elle-même, nous essayons de la faire vivre dans les domaines plus confidentiels en échangeant avec le public à travers des actions, projections / rencontres, des accueils de classes, des ateliers avec des jeunes, etc… Le film documentaire est particulièrement visé. Moins repéré, presqu’inexistant sur les écrans, il est souvent uniquement présent en médiathèque.
Ce travail, me semble-t-il nécessite de suivre l’actualité, mais aussi d’essayer de sortir des sentiers battus. De continuellement se former et de rencontrer des collègues pour échanger sur nos pratiques et croyances.

As-tu l’impression que ce métier évolue ou qu’il est amené à connaître des mutations ?

Je crois que l’évolution n’est pas une impression mais une réalité. La place des médiathèques en vingt ans a changé. Tant sur le plan médiatique que dans les usages. Le livre voisine avec d’autres supports. L’informatique puis internet ont modifié profondément nos pratiques et nos missions. Le public a d’autres comportements et d’autres attentes, par exemple moins de prêts pour plus de fréquentations des services.

Peux-tu nous présenter en quelques mots l’Astrolabe : taille de la médiathèque, ancienneté, nombre de personnes y travaillant, fréquentation du public... ?

L’Astrolabe compte deux services distincts, les Archives de la ville et la Médiathèque. Elle a été inaugurée en juin 2004. Une médiathèque de quartier et un point relais dans un centre social complètent le paysage melunais.
La médiathèque, face publique, se déploie sur 5000 m2. Plusieurs services animés par une soixantaine de personnes (équipes technique et administrative comprises) assurent la gestion des collections et les services aux usagers.
2012. Un peu plus de 8200 inscrits ont emprunté 269500 documents, plus de 100 000 entrées ont été enregistrées.

Quel rôle joue l’Astrolabe dans Melun et les environs, est-ce un lieu de vie et de culture important pour ses habitants ? Tous les habitants ?

Melun, commune de l’Agglomération Melun-Val-de-Seine, compte 46, 50 % des inscrits, l’agglomération 25, 70 %, les extérieurs 29,50 %. La médiathèque est un lieu de culture actif, très présent dans la vie culturelle de la ville (conservatoire, espace de Saint-Jean, lieu d’exposition et de spectacles, salle des fêtes).
Le nombre d’inscrits reflète que partiellement le rayonnement sur la ville, puisque nous comptons beaucoup d’entrées de fréquentation, places de travail, lieu de rencontre et d’échange. Pour autant, il est fréquent qu’à l’occasion d’accueils des personnes nous disent que : soit, elles découvrent le lieu, soit, elles déclarent être étonnées de pouvoir entrer dans l’établissement. Le travail avec des partenaires est très développé et réserve bien des surprises.

Comment s’organise l’activité autour des films, du cinéma et des images animées au sein de la médiathèque et en lien avec les autres domaines ?

Plusieurs services travaillent autour des films, l’Espace jeunesse, la médiathèque de Quartier, le Studio.
Des postes de visionnages sur place et des Tv avec abonnements à Canalsat sont mis à la disposition du public ainsi que des postes multimédia disséminés dans la médiathèque.
En jeunesse, les collègues font des projections régulières par thème, pour des groupes constitués et tout public. Elles accompagnent quelques classes dans le dispositif « Ecole et cinéma », elles font aussi des ateliers d’éducation à l’image, création d’images animées, mise en son…
A la médiathèque de quartier, ils font un travail de proximité et de présentation des documents mis à disposition, ils organisent régulièrement des rencontres « Prose café » pour échanger avec les lecteurs autant sur les livres que sur les films.
Pour le Studio, nous organisons des projections / rencontres principalement autour du documentaire en favorisant la rencontre avec les réalisateurs. A chaque fois, même si le parterre peut-être clairsemé et compter une vingtaine de personnes, certaines très assidues, les échanges sont toujours riches. En laissant la parole aux lecteurs, ils nous emmènent immanquablement dans des visions autres.
Nous participons au Mois du Film Documentaire depuis l’ouverture de la médiathèque, en partenariat avec le cinéma de Melun depuis 2007. Un nouveau partenariat avec le Festival du film ethnographique Jean Rouch est venu renouveler certaines de ces actions. De 2006 à 2012, dans le cadre de la Coopération décentralisée entre Ouidah(Bénin) et Melun, liant la ville, médiathèque et cinéma, au Festival international du film de Ouidah. Ce mini festival présentant les films primés au Bénin était coordonné par la médiathèque.
Autour de toutes ces actions, chaque fois que des partenaires ont répondu présents, service jeunesse de la ville, collèges, lycées, des séances pour et avec des jeunes ont été organisées, séance de présentation, atelier de programmation…
Nous réfléchissons à une séance autour du Court-métrage.

L’espace Studio favorise-t-il des activités en transversalité entre le cinéma, la musique et le spectacle vivant ? Si oui, peux-tu nous donner quelques exemples ?

Deux exemples rapides :
Des ateliers plastiques en jeunesse où se mêlent images et danse, des mises en sons…
Création de ciné-concerts avec Richard Bonnet, guitariste de Jazz, artiste, professeur au conservatoire.

Tu travailles régulièrement en partenariat avec d’autres structures (salle de cinéma, festival, associations). Peux-tu nous en dire un mot (intérêts, difficultés, etc.) ?

Les difficultés peuvent être multiples, la motivation des partenaires, leur disponibilité sont parfois au rendez-vous. Je dirais que les rythmes de planification seraient une des principales. Par exemple, quand pour des raisons de réservations de salles, de délai de communication, de disponibilité des intervenants, cinq à six mois sont nécessaires, alors que les partenaires se calent d’un mois sur l’autre, ou sur le temps scolaire. Une autre des difficultés est de fidéliser les jeunes sans se substituer au rôle des accompagnateurs.
Pour autant, programmer, donc échanger avec le collègue du cinéma, prévoir des actions avec les documentalistes, imaginer des accueils pour les élèves du conservatoire, recevoir Laurent Pellé, Jean Odoutan, des réalisateurs, des artistes pour mettre en place des actions sont toujours des moments précieux où chacun avance ses arguments, ses souhaits, ses possibles. La réflexion vient parfois après car dans le feu de l’action, une initiative en entraine une autre, mais assurément, s’imaginer un moment être passeur est très enrichissant tant pour la pertinence de notre fonds que pour son évolution. A la médiathèque, si la mise en place d’une action est coordonnée par une personne ou une équipe, elle est toujours accompagnée par les équipes technique et administrative, j’ai conscience d’un grand confort de travail.

Tu es notamment membre de la Commission nationale de sélection de films documentaires d’Images en bibliothèques. Peux-tu nous dire comment cette participation s’imbrique avec ton activité autour du documentaire au sein de la médiathèque ? (être en lien avec l’actualité ? confronter son point de vue à celui de collègues ? autre ?)

J’ai été intégrée à l’équipe de la commission après l’invitation à participer au Jury des bibliothèques du Festival du Cinéma du Réel en 2010. Quelle surprise ! Ce premier retour sur mon travail de visionneur, j’ignorais tout de la pertinence de mes fiches, puisqu’il s’agit là d’un travail solitaire. Dix jours d’immersion totale, de débats en continu ont été une expérience inoubliable tant elle fut formatrice.
Le travail avec la commission m’est particulièrement précieux pour les échanges avec les collègues. Nous apportons tous des savoirs différents, si les miens sont limités en matière de cinéma par rapport à d’autres, ils contribuent à la connaissance de terrain (si j’ose m’exprimer ainsi). C’est également, la source la plus importante d’actualités en matière de documentaires. Il permet un regard critique plus affuté, de faire des choix d’animations et de mettre en connexion des liens multiples.

Septembre 2013.