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Images numériques dématérialisées, diffusions web, vidéo à la demande...

A quoi peuvent bien servir les médiathèques et leurs espaces physiques ?

Traditionnellement, dans nos esprits, une des missions principales des médiathèques publiques est de donner accès. Il est clair que sans elles, les idées, les connaissances, les œuvres seraient, depuis des siècles, restées largement inaccessibles à tous ceux qui ont été et sont encore, pour des raisons diverses, tenus à l’écart de la culture.

C’est particulièrement vrai dans le domaine du cinéma et de l’audiovisuel, domaine où la reproduction des œuvres en nombre (l’édition) est récente, et parfois limitée à des œuvres issues de la culture de masse. Ainsi, encore aujourd’hui, de nombreuses œuvres de cinéma ou de télévision ne sont accessibles (une fois passées leur sortie en salle ou leur diffusion sur les chaines de télé) que grâce aux collections des médiathèques, que ce soit en prêt ou en consultation sur place.

Mais cette situation est en train de changer très vite... L’accès aux œuvres audiovisuelles est de plus en plus assuré sur le réseau Internet, grâce au web, au peer to peer, en téléchargement ou en streaming, via des services de VàD ou de SVàD, etc. Cet accès n’est pas toujours légal, il n’est pas toujours gratuit non plus, mais il est absolument massif et laisse de moins en moins d’œuvres en dehors de son champ d’action.

Le paysage de cette accessibilité pose de nombreuses questions, et il est clair que les médiathèques auraient un rôle plus important, voire structurant, à y jouer.

Dès lors qu’est assurée cette accessibilité aux œuvres grâce à leur reproductibilité technique, on constate que de nouvelles pratiques se développent dans le public, et en particulier bien sûr parmi les jeunes :

-  des pratiques d’exploration : nous déambulons plus ou moins sans directions en butinant, de film en film, de musique en musique, de texte en texte ;

-  des pratiques d’échange – ou plus exactement de « médiation » ou de « curation » : nous faisons part de nos découvertes à nos « amis Facebook », aux « tribus » multiples auxquelles nous avons livré nos identités numériques ;

-  des pratiques de « contribution », par lesquelles nous enrichissons les documents et les œuvres que nous découvrons et partageons : commentaires, mises en relation, constructions de listes, blogs, etc. ;

-  des pratiques de création, aujourd’hui rendues possibles par les outils logiciels simples et économiques qui permettent le montage ou le remontage, le mixage, l’intégration aisée de textes, sons, images fixes ou animées dans des documents multimédias eux-mêmes aisément communicables.

Ces nouvelles pratiques, en même temps qu’elles laissent entrevoir de nouvelles pistes d’activités, interrogent la relation des publics avec les institutions culturelles, en particulier les médiathèques.

Le médiathécaire est un médiateur, son rôle est de permettre aux usagers de s’approprier les idées et les œuvres qu’ils contiennent. Or, cette place du médiateur est mise en cause, au même titre que l’est par exemple la place du journaliste dans un autre secteur. Le médiathécaire ne peut plus, durablement, être dans une relation avec l’usager qui consiste à lui tracer, depuis sa position de spécialiste, les chemins vers la connaissance.

Quel devient son rôle ? Celui de mettre en œuvre toutes les conditions de l’apprentissage de l’autonomie de l’usager dans sa recherche de la connaissance ; de lui faciliter toutes les conditions pour l’exercice de son propre désir de médiation ; de lui offrir les moyens de l’exercice de ces aspirations à la contribution et à la création ; enfin, de mettre en œuvre les outils et les structures appropriées pour la constitution de « biens communs » des idées et de la connaissance.

Les bibliothèques, comme d’autres lieux publics, centre culturels, etc., ont vocation à être davantage que des prestataires de services « online », ou des « troisièmes lieux » : elles peuvent devenir des espaces communs, largement ouverts, dans lesquels peuvent se déployer des usages collectifs. La mutation profonde des médiathèques doit être accompagnée, en liaison avec l’évolution du paysage de diffusion et des pratiques, amateurs et professionnelles.

L’autre élément important de cette évolution est celui des offres et outils à disposition des médiathèques. La VàD est depuis quelques années en plein développement. Des offres diverses – paiement à l’acte, télévision de rattrapage, bientôt abonnements forfaitaires selon le modèle Netflix,… - voisinent avec les accès illégaux. Ce chaos de l’accès en ligne impose que soient développées des offres légales de qualité, accessibles à tous et dans le respect des droits de tous. Des offres raisonnées, éditorialisées, structurées par d’autres motifs que la popularité, l’audience et la valeur commerciale.

Les bibliothèques publiques ont clairement un rôle à jouer dans cette mission. De part leur expérience, la relation qu’elles entretiennent en proximité avec leur public, la qualité de leurs équipements et de leur réseau, elles constituent une force qu’il serait fautif de négliger pour la mise en œuvre de tels objectifs. Leur activité, de plus, ne se limiterait pas au développement d’un accès alternatif aux accès commerciaux légaux : les bibliothèques publiques devraient être à même de mettre en relation leur offre en ligne avec les actions qu’elles mènent dans leur lieu physique, pour jouer pleinement leur rôle culturel et social.