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Retour du jury du Festival Jean Rouch 2013

Retour de Caroline Fisbach, membre du Jury international :

Caroline Fisbach :
Après des études cinématographiques, elle intègre le service Images animées de la Bibliothèque nationale de France. Familiarisée avec les divers fonds vidéos du dépôt légal de la BnF, elle développe un intérêt tout particulier pour le cinéma documentaire, c’est à ce titre qu’elle participe aux activités de l’association Images en bibliothèques au sein de l’équipe chargée de visionner les films documentaires en vue de leur valorisation et de leur diffusion.

Images en Bibliothèques m’a proposé d’être membre du jury de l’édition 2013 pour le festival Jean Rouch.
Dans cette dernière édition, la 32ème, le jury a pu voir 27 films de nationalité et de durée différentes avec une légère surreprésentation de films indiens, mais également des films du continent africain (Mali, Cameroun, Ghana), du continent américain sud et nord (Bolivie, Chili, Etats Unis…), des documents venus d’Asie ainsi que des réalisations européennes (France, Italie, Irlande…).
Cette édition a fait preuve d’une grande diversité dans les écritures cinématographiques que dans les thèmes abordés. Ainsi de l’Afrique à l’Asie en passant par les États-Unis, nous avons pu pénétrer un temps la vie de Pygmées en pays Bantou, celle de Népalais souhaitant rejoindre l’unité des Gurkhas de l’armée britannique, ou bien encore celle des chauffeurs immigrés des taxis jaunes à New-York pour n’évoquer que quelques films…

Toutes les projections étaient suivies d’un débat entre le comité du film ethnographique, le public et les réalisateurs, s’ils étaient présents. Ces discussions se poursuivaient après les projections, pendant les pauses et pour nous, membres du jury, pendant nos -délicieux !- repas. Cet événement fut pour moi une riche expérience mais également un moment privilégié de rencontres avec ceux qui font les films, ceux qui les sélectionnent et ceux qui les apprécient… le festival a son public, spectateurs habituels qui viennent assister aux séances et y participer.

Le jury était constitué cette année de 7 membres, deux d’entre eux lauréats du Grand Prix Nanook les années précédentes (en 2009 et 2010) et faisaient l’expérience, cette année de se trouver de l’autre côté en portant un avis sur le travail des autres.
Venant du monde des bibliothèques, j’étais une exception dans ce milieu composé d’anthropologues, enseignants, musicologue, réalisateur, producteur, archiviste et contente néanmoins de faire partie de ceux qui mettent en valeur le cinéma documentaire.
Bien que peu habitués à évaluer des films et à décerner des prix (à part certains membres qui avaient déjà participé à ce type d’activité), nous n’avons pourtant pas eu trop de difficulté à nous accorder sur les œuvres qu’ils nous semblaient importants de distinguer. A ce titre et avec le dessein de mettre en avant des écritures cinématographiques innovantes, nous avons donné une mention spéciale à deux œuvres qui nous semblaient à la croisée du film d’art et du film ethnographique : Ren zao kong Jian de Yu-Shen Su et Irish folk furniture de Tony Donoghue.

Quand les mains murmurent de Thierry Augé, s’est imposé pour remporter le prix Bartok pour sa façon d’explorer la matière musicale.

N’ayant aucune formation d’ethnologue, certains sujets abordés dans les films restaient « nébuleux » du fait, sans doute d’une construction formelle défaillante ou maladroite à mes yeux ; néanmoins, ces mêmes films aux sujets mieux compris par mes collègues- spécialistes n’avaient pas non plus leur aval.

Profitant de chaque temps de pause entre les projections, nos échanges se poursuivaient sans discontinuer toute la semaine. Grâce à ces moments privilégiés, le palmarès a été plus facile à établir. Les choix se sont imposés presque naturellement au fil des jours, à partir de l’impression instantanée produite par le film juste après sa projection ou plus mûrie, quelques jours plus tard… De ce fait, il me semble que nous avons établi de façon pérenne, un palmarès qui n’a frustré aucun membre du jury !

C’est dans ces conditions que le Grand prix NANOOK- JEAN ROUCH a été décerné au film de Jasna Krajinovic Un été avec Anton .
Un film clinique, sensible, qui narre dans un style simple l’expérience d’un enfant sans repères qui apprend l’art de la guerre dans un camp militaire russe. Ce film, sélectionné par la commission en juillet 2013, a fait l’unanimité au sein de notre jury…
Deux autres films également retenus par la commission d’Images en bibliothèques, ont reçu un prix : c’est le cas de Les chebabs de Yarmouk de Axel Salvatori-Sinz (Prix du premier film) ainsi que de Hamou Beya d’Andrey S. Diarra (Prix Anthropologie et Développement durable).
Algorithms de Ian McDonald, raconte l’enjeu que représente le jeu d’échecs pour de jeunes aveugles en quête de dépassement et de reconnaissance. Tourné dans un noir et blanc symbolique, ce beau documentaire a pu recevoir le Prix du Patrimoine culturel immatériel. Enfin, le Prix Mario Ruspoli que je devais remettre, m’a permis d’honorer un film politiquement engagé, qui parle de lutte ouvrière dans une mise en scène épurée. Dell’arte della guerra de Luca Bellino et Silvia Luzi.

Cette semaine « enfermée volontaire » dans la salle de la Maison des Cultures, en immersion totale dans le cinéma documentaire, richement et savamment entourée, a véritablement constitué un moment « hors-norme » passionnant.