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Festival Cinéma du réel 2013

Prix des bibliothèques

Composé de Sarah Doucet (Médiathèque d’Orléans), Fadila Ferrah (Médiathèque intercommunale Maurice Genevoix), Jean-Paul Gangloff (Bibliothèque des Musées de Strasbourg), avec le réalisateur Julien Meunier ont décerné le Prix des bibliothèques doté de 2 500 € par la Direction générale des médias et des industries culturelles, ministère de la Culture et de la Communication.

Le jury des bibliothèques 2013


Ils ont primé :

MIRROR OF THE BRIDE

de Yuki Kawamura
2013 / France, Japon / 92 min



En s’entretenant avec ses oncle et tantes, le cinéaste brosse un portrait oblique de sa grand-mère, qui achève son existence dans une maison de retraite de Kyoto. Pragmatique, le fils évoque des raisons de santé précises et un veuvage mal vécu. Peu à peu, ses sœurs se remémorent leur propre enfance, comme si, pour exorciser leur propre culpabilité, elles se devaient de garder en mémoire le tempérament rude de leur mère. Lucide et délicat, Mirror of the Bride porte au jour les affects transmis à bas bruit de mère en fille, entre amour fusionnel et devoir filial. (Charlotte Garson)

Mirror of the bride sera disponible bientôt au Catalogue national de films documentaires de la Bpi

et ont décerné une mention spéciale :

LE REFLUX

de Guillaume Bordier
2013 / France / 91 min



Des détenus ou des anciens détenus, nombreux sont les entretiens filmés qui enregistrent une parole factuelle, égrenant les longues années en retrait de la société, les contraintes, les violences, les formes d’évasion réelle ou fantasmée. Si Le Reflux s’en distingue, ce n’est pas par la réalité carcérale qu’a vécue Didier Lambert (libéré il y a dix ans d’une peine de dix ans) mais par l’étonnante volonté d’introspection dont il fait preuve. Dans une évidente intimité avec le cinéaste, il semble partie prenante du dispositif à la fois minimal et crucial : un plateau de cinéma déserté, que l’on pourrait prendre pour son propre intérieur. Au-delà de la description de l’expérience judiciaire et pénitentiaire, Le Reflux s’intéresse à ce que Didier appelle, en un retour sur lui-même dont on imagine l’effort qu’il lui a demandé, « l’enfermement mental » qui précède, voire induit, l’enfermement carcéral. (Charlotte Garson)

Le Reflux sera disponible bientôt au Catalogue national de films documentaires de la Bpi





Les membres du jury racontent




FAIRE PARTI DU JURY : UNE EXPÉRIENCE PROFESSIONNELLE ET HUMAINE

“ Participer à ce jury était et restera une expérience unique, une immersion totale dans le monde du cinéma documentaire d’où l’on émerge enrichi et grandi.”
Sarah Doucet

« Concernant la composition du groupe, il était très intéressant d’être en contact avec deux bibliothécaires qui ont longtemps œuvré dans la mise en valeur du cinéma documentaire dans leur structure. Cela a été l’occasion pour moi de discuter avec eux de la profession, d’idées d’actions culturelles et de dispositifs possibles. Leur capacité à échanger et à transmettre m’amène à penser que la transmission des connaissances chez les vidéothécaires est un point essentiel à entretenir.

La présence d’un réalisateur au sein du jury m’a permis de prendre du recul dans la manière de voir les films et de les recevoir ; de penser aux différents moments qui construisent un film, et de comprendre que le moment du montage est un moment de réflexion important sur les choix du réalisateur. »
Fadila Ferrah


FAIRE UN CHOIX

“Pendant les 30 films visionnés en 8 jours, nous avions en tête des critères établis au sein de notre jury (mise forme, technique, pertinence du sujet, plaisir ).

Nous avions une volonté d’être ouvert à de nouveaux langages cinématographiques tout en se laissant emporter par un plaisir, une émotion, nos sensibilités propres, avec, au final, un choix démocratique à faire et la conscience que certains de ces films seraient remarqués par d’autres jurys ou qu’ils n’avaient pas tout à fait leur place dans nos collections en bibliothèque.”
Sarah Doucet

« Le choix du prix s’est porté sur Mirror of the bride de Yuki Kawamura pour plusieurs raisons : la maîtrise technique évidente du réalisateur qui réalise ici son premier long-métrage ; et la juste distanciation avec laquelle il aborde un sujet très complexe et intime. Pendant le festival nous avons pu voir plusieurs films qui relevaient de la vie intime ou personnelle des cinéastes. Le film Mirror of the bride a su trouver un parfait équilibre entre l’aspect biographique et intime dans lequel le réalisateur aurait pu se perdre car il touche au sensible, et l’aspect documentaire (plus distancié) qui informe les spectateurs sur une situation particulière. Mirror of the bride est un film intime qui tend vers l’universel, et c’est ce qui m’a particulièrement intéressée. »
Fadila Ferrah

Le Reflux de Guillaume Bordier est essai cinématographique ambitieux qui est basé sur une série de plans fixes sur un personnage qui parle dans un décor. Dispositif simple, efficace, et qui va, c’est la magie du cinéma, recueillir la confession d’un ami du réalisateur qui a purgé 15 ans de prison pour homicide. Mais plus qu’un simple réceptacle de la parole, le film est ici le lieu où la mémoire est lavée ; le procès est revécu dans toute son horreur ; il aboutit à la prison, qui, paradoxalement – et pour une fois -, nettoie le condamné des salissures de sa vie passée et le prépare à une nouvelle vie…“
Jean-Paul Gangloff

“En général, ce sont deux films certes difficiles, mais surtout très intelligents et très beaux. Nous avions tous le désir de mettre en avant le prix des bibliothèques comme étant un prix exigeant et ambitieux dans ses choix, et il nous a rapidement semblé que ces deux films remplissaient cette exigence.”
Julien Meunier